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La technologie peut-elle révolutionner les services de santé du 21e siècle ?

  • Publié il y a 3 ans
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Nos systèmes de santé ont atteint un seuil critique. La population de l'Union européenne vieillit. Les prévisions actuelles de la Commission européenne indiquent que le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus devrait augmenter de 72 % d'ici 2050, ce qui signifie que dans 35 ans, un tiers de la population sera proche de l'âge de la retraite. Selon une étude d'IDC Health Insights¹, la demande en soins augmente, tandis que les ressources et l'accès aux soins diminuent. Avec l'évolution des réglementations publiques, les organismes de santé travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles.

Intégration

De nombreux pays considèrent que l'intégration des services sanitaires et sociaux est la solution toute trouvée pour soulager leur système de santé, ce qui se justifie parfaitement. En Europe, où près d'un tiers des personnes âgées souffrent d'une maladie chronique², on ne peut qu'approuver les mesures permettant de lutter contre le morcellement des services, de réduire les efforts inutiles et de mieux distribuer des ressources de plus en plus maigres. En donnant aux hôpitaux les moyens de coopérer avec les services sociaux, on leur permet de se faire une idée bien plus complète des besoins du patient, tout en gagnant du temps et en faisant des économies de frais administratifs.

Cette coopération entre les travailleurs sanitaires et sociaux a également un côté rassurant pour les patients, qui peuvent alors compter sur le fait que leur situation personnelle sera prise en compte et que l'on répondra à leurs besoins. Le plus important est peut-être qu'en faisant efficacement circuler les informations entre les deux services, les pays pourront passer d'un système sanitaire qui ne fait que traiter les maux, à un système de prévention, adapté aux exigences du 21e siècle.

Personnalisation

Nous assistons également à l'émergence d'un système de santé axé sur le consommateur, au sein duquel les patients évaluent leur expérience en fonction de la façon dont ils sont traités en tant qu'individu, plutôt que du traitement qu'ils reçoivent pour leur maladie. Preuve de cette personnalisation de la médecine, l'apparition soudaine dans le monde de plus de 97 000 applications mobiles liées à la santé et de communautés en ligne qui permettent aux particuliers d'échanger des informations en dehors des traditionnels échanges médecin/patient. N'importe qui peut choisir et utiliser des outils et technologies en ligne pour adapter son service de santé à des valeurs et objectifs qui lui sont propres.

Au sein d'un système de santé personnalisé, les processus de soin ne sont plus soumis à un modèle unique : l'accès aux données se démocratise, puisque les patients peuvent les consulter librement afin de mieux s'informer. Les technologies numériques permettent aux patients de mieux communiquer avec l'équipe médicale. Ainsi, les consommateurs deviennent des partenaires actifs dans la gestion de leur santé et de leur bien-être.

Industrialisation

En plus des tendances à l'intégration et à la personnalisation, les services de santé font depuis quelques temps l'objet d'un phénomène d'industrialisation. Les changements qui interviennent sont comparables à ceux que l'on a pu observer dans d'autres secteurs il y a une centaine d'années. La technologie et une meilleure gestion des informations facilitent grandement cette évolution. Par exemple, les prescriptions électroniques ont permis de réduire de 50 % le nombre d'erreurs de prescription par rapport aux prescriptions rédigées à la main. En effet, les prescriptions électroniques peuvent être soumises à des vérifications automatiques concernant la quantité prescrite, les interactions médicamenteuses, les allergies du patient et son état clinique, le tout en quelques instants, via des recherches dans des registres électroniques déjà complètement opérationnels ainsi que dans les informations dont on dispose sur le patient. L'on s'efforce désormais de normaliser au maximum les rôles et les tâches afin de rationaliser les prestations de santé offertes aux patients, tout en répartissant les tâches pour gérer au mieux les réductions de budget et de personnel. Ces changements portent tous avec eux la promesse de soins de santé plus efficaces, mais, pour atteindre son plein potentiel, l'industrialisation des soins dépend de la personnalisation des prestations aux patients ainsi que de l'intégration des services.

Les données, nerf de la guerre

La gestion des informations est bien entendu au cœur du problème. Les hôpitaux n'ont jamais recueilli autant de données sur les patients grâce à la diffusion de technologies très élaborées, d'abord réservées aux grands centres de soins et qui s'étendent désormais aux petites structures locales. Le partage d'informations via le Web, sous forme de documents, d'images et de rapports, devient de plus en plus courant.

Les systèmes ou logiciels de suivi permettent de réduire les temps d'attente ou d'indiquer aux médecins la position géographique exacte de n'importe quel patient, à n'importe quel moment. Certains hôpitaux utilisent des tablettes avec connexion sans fil pour assurer le suivi des patients, ou utilisent des systèmes de suivi permettant de rappeler aux patients leurs visites de suivi à l'issue de leur séjour à l'hôpital. D'eux-mêmes, les patients consultent et enregistrent de plus en plus souvent leur historique médical, afin de surveiller leur santé de près. En outre, les systèmes de partage des données et des flux de travail donnent davantage de pouvoir au patient, qui est plus facilement à même d'obtenir un deuxième avis auprès d'un autre prestataire de soins s'il n'est pas satisfait du traitement proposé.

L'avenir des systèmes de santé

L'intégration, la personnalisation et l'industrialisation sont les trois principales tendances qui permettront aux systèmes de santé de répondre aux exigences des patients du 21e siècle. Toutefois, les progrès en matière de suivi, de collecte de données, d'adaptation à la grande consommation et d'automatisation des processus ne sont pas encore suffisants et les systèmes de santé continuent d'être surchargés et inefficaces. La technologie apporte toujours son lot de défis et comporte des limites ; toutefois, c'est bien grâce à elle que nous parvenons à coordonner et redéfinir les prestations de santé, offrant des avantages dont nous n'aurions pas eu idée il y a dix ans. L'hôpital de demain est en train de se construire avec moins de lits, moins de médecins et des temps de séjour plus courts. Toutefois, ce processus ne se fera pas en un jour et nécessite d'importants bouleversements.


¹ IDC Health Insights, Western Europe Healthcare 2013 Top 10 Predictions, document n° HIOH01V, janvier 2013
² IDC Healthcare Insights, 2014